Une vidéo relayée le 25 mars 2025 dans le groupe WhatsApp
LIBERATION STRUGGLE DZIMBABWE, qui comptait 13 770 membres au 15 avril 2025, est devenue virale. D’une durée d’une minute trente secondes, elle montre une scène violente : un homme noir, torse nu, vêtu d’une culotte et de chaussettes, ligoté et assis au sol. Il est encerclé par plusieurs personnes s’exprimant en français et en dioula, qui le filment avec leurs téléphones tout en le frappant avec des bâtons, lui demandant où est passé l’argent qu’il aurait volé.
La vidéo est accompagnée d’un message en anglais :
“President Ibrahim Traore of Burkina Faso 🇧🇫 sacked and handed over a corrupt Minister to the public to explain to them why he looted public funds. WATCH”
(Traduction : « Le président Ibrahim Traoré du Burkina Faso a limogé et remis un ministre corrompu au public pour qu’il leur explique pourquoi il a détourné des fonds publics. »)
Mais qu’en est-il réellement ? Le président Ibrahim Traoré a-t-il effectivement livré un ministre corrompu à la justice populaire afin qu’il rende compte du détournement présumé de fonds publics ? ABBcheck a mené une vérification.
Une vidéo trompeuse et sans fondement officiel
Une analyse technique via InVid, un outil d’analyse vidéo a permis d'extraire des images clés de la séquence qui ont ensuite été soumises à une recherche inversée sur plusieurs moteurs d’images. Résultat : nous avons retrouvé plusieurs publications antérieures à mars 2025, notamment sur des sites web et sur Facebook, contenant la même vidéo, avec la mention que cet évènement se serait produit au Burkina Faso.
La vidéo a d'abord circulé sur Facebook le 1er juin 2024
notamment sur une page dénommée
Taskafe, créée le 6 septembre 2017 avec plus de 36 000 abonnés.
Le texte accompagnant la publication est rédigé en créole haïtien et affirme :
« Mezanmi vinn gade jan yon minis ap pran bwa kale nan peyi Boukinafaso. Fòk egzanp sa yo trase an Ayiti tou. Pataje ! Pataje ! »
(Traduction : « Les amis, venez voir comment un ministre se fait violemment battre au Burkina Faso. De tels exemples doivent être suivis en Haïti aussi. Partagez ! Partagez ! »)
La vidéo a suscité 98 réactions, 31 commentaires et 231 partages sur Facebook, témoignant de sa viralité, malgré l’absence de preuves tangibles établissant un lien avec le Burkina Faso ou un quelconque ministre.
Ghadnews, un média égyptien a posté sur son site web le 13 juin 2024, la même vidéo, prétendant que "le ministre des finances du Burkina Faso est condamné pour corruption" à la suite d'enquêtes approfondies ayant suscité l'indignation de l'opinion publique.
Un autre site internet haïtien
Rezo Nòdwès se définissant comme étant un média citoyen et participatif, ouvert à tous a posté la même vidéo le 11 juillet 2024 affirmant que le président Ibrahim Traoré a limogé un ministre accusé de corruption et l’a publiquement livré pour qu’il réponde de ses actes, affirmant ainsi la volonté du gouvernement burkinabè de lutter fermement contre l’impunité et de restaurer la confiance citoyenne.
Depuis l’arrivée au pouvoir du Capitaine Ibrahim Traoré en septembre 2022, le Burkina Faso a connu quatre remaniements ministériels majeurs. Au cours de ces restructurations, plusieurs ministres ont été remplacés ou affectés à d'autres portefeuilles. Entre 2022 et avril 2025, les personnalités concernées par ces changements incluent : Boukaré Zoungrana (Administration territoriale, Décentralisation et Sécurité), Olivia Rouamba (Affaires étrangères), Simon-Pierre Boussim (Énergie, Mines et Carrières), Joseph André Ouédraogo (Éducation nationale), et Apollinaire Joachim Kyélem de Tambèla (Premier ministre).
À ce jour, aucune information connue ne permet d’établir un lien entre ces anciens membres du gouvernement et la personne apparaissant dans la vidéo évoquée.
Par ailleurs, contrairement aux affirmations du média égyptien Ghadnews, selon lesquelles la personne maltraitée dans la vidéo serait le ministre des Finances, il convient de préciser que le Dr Aboubakar Nacanabo occupe cette fonction depuis octobre 2022 et qu’il est toujours en poste dans le gouvernement actuel.
Enfin, qu’il s’agisse des gouvernements successifs d’Ibrahim Traoré, de Paul-Henri Sandaogo Damiba ou encore de Roch Marc Christian Kaboré, aucun ancien ministre n’a été exposé à une forme de justice populaire.
Origine de la vidéo : un contenu recyclé
La vidéo circule en réalité depuis 2024 et avait déjà été soumise à un
fact-checking en juin 2024. Il ne s’agit donc que d’une rumeur remise au goût du jour.
A ce jour, aucune institution officielle du Burkina Faso – ni la Présidence, ni le gouvernement, ni les médias reconnus – n’a confirmé un tel événement. Les analyses concordent à prouver que la vidéo a été sortie de son contexte.
Conclusion : une fausse information largement relayée
L’affirmation selon laquelle le Capitaine Ibrahim Traoré aurait livré un ministre corrompu à la justice populaire est fausse.
À la date d'aujourd'hui, aucune preuve ne vient étayer cette rumeur. Le contexte réel de la scène reste indéterminé. Il est néanmoins certain que le président Traoré n’a ni limogé ni remis l’homme visible dans la vidéo à une foule, contrairement à ce qui a été affirmé.
Dans un contexte marqué par la circulation rapide de fausses informations, il est crucial de vérifier la fiabilité des sources et de s’appuyer sur des données officielles avant de relayer un contenu en ligne.
ABB Check