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Burkina Faso : Aucune preuve que le projet Target Malaria utilise des moustiques OGM pour propager des maladies ou vacciner

Publié le 18/05/2025
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Une publication consultée le 10 mai 2025 sur la page Facebook de Behanzin Egoutchi,affichait plus de 3 000 réactions, dont, 1300 likes, 290 partages et une centaine de commentaires, principalement critiques à l'égard des projets impliquant des moustiques OGM ou des campagnes de vaccination jugées controversées. Plusieurs publications similaires ont également été relevées depuis 2023, avec un regain courant 2024-2025. Les auteurs y appellent les autorités burkinabè afin qu’elles mettent un terme au projet Target Malaria, qu’ils accusent de vouloir propager des maladies par le biais de vaccins ou via des lâchers de moustiques génétiquement modifiés (OGM).

Mais que sait-on réellement du projet Target Malaria, des lâchers de moustiques génétiquement modifiés au Burkina Faso, des sources de financement qui les soutiennent et de l’hypothèse controversée de vaccination via moustique OGM ?

ABB Check vous propose un décryptage fondé sur des faits, des sources officielles et des données scientifiques.

Des moustiques OGM ont-ils été relâchés au Burkina Faso ?

En juillet 2019, l’Institut de Recherche en Sciences de la Santé (IRSS) du Burkina Faso, avec l’approbation de l’Autorité Nationale de Biosécurité (ANB) burkinabè, a procédé à un lâcher expérimental à petite échelle de moustiques mâles génétiquement modifiés et stériles, dans le village de Bana (Bobo-Dioulasso). Selon les résultats de ce lâcher dont nous avons reçu une copie (cf, le rapport officiel de l’IRSS 2021), l’objectif n’était pas de réduire immédiatement le paludisme, mais de collecter des données scientifiques sur la survie et le comportement des moustiques stériles en milieu réel.

Le projet Target Malaria est-il financé par Bill Gates ?

Selon le site officiel du projet Target Malaria, la Fondation Bill & Melinda Gates fait partie des principaux bailleurs de fonds du projet Target Malaria, aux côtés du Wellcome Trust et du Foreign, Commonwealth & Development Office du Royaume-Uni. Toutefois, ce financement n’a rien de secret ni de malveillant. La fondation soutient depuis des années de nombreux projets de recherche scientifique, notamment dans la lutte contre le paludisme, une maladie qui touche encore fortement l’Afrique subsaharienne.

Les moustiques OGM ont-ils contribué à une augmentation du paludisme ou de la dengue ?


Selon le Projet Target Malaria, les moustiques relâchés étaient des mâles stériles, or seules les femelles piquent et transmettent ces maladies. Target Malaria n’avait pas pour objectif d’agir sur la transmission du paludisme, mais uniquement d’observer le comportement et la survie de ces moustiques le rapport officiel de l’IRSS 2021 confirme qu’aucun moustique modifié n’a été détecté 7 mois après le lâcher et qu’aucun effet sur la santé publique n’a été observé.
 Quant à la dengue , elle est transmise par un autre type de moustique (Aedes aegypti), qui n’est pas concerné par ce projet. Aucun rapport de l’OMS, de l’IRSS ou du ministère burkinabè en charge de la Santé ne fait état d’une quelconque hausse de cas liée à Target Malaria dans la zone ciblée (village de Bana).

Aucune preuve scientifique ne démontre que les moustiques génétiquement modifiés relâchés au Burkina Faso ont provoqué une hausse du paludisme ou de la dengue.

 Ces moustiques sont-ils utilisés pour vacciner les populations ?

L’affirmation selon laquelle des moustiques OGM seraient utilisés pour vacciner les populations africaines relève d’une rumeur, fondée sur une confusion avec une expérience isolée menée en laboratoire aux États-Unis, où des moustiques génétiquement modifiés ont été testés pour transmettre un antigène à des rongeurs, dans un environnement confiné. Cette technologie n’a jamais été testée sur des humains, ni autorisée en Afrique. Elle n’a aucun lien avec le projet Target Malaria, qui ne concerne ni la vaccination ni la transmission de substances médicales, mais vise uniquement à réduire la population de moustiques responsables de la transmission du paludisme

En somme, l’idée selon laquelle le projet Target Malaria représenterait une menace sanitaire ou une tentative de vaccination dissimulée via des moustiques génétiquement modifiés ne repose sur aucune preuve sérieuse. Elle résulte d’un mélange de faits réels sortis de leur contexte, de rumeurs et de désinformation souvent relayées par des sources non fiables. Si le débat sur les OGM en Afrique est légitime, il doit s’appuyer sur des informations vérifiées plutôt que sur les rumeurs. 

Target Malaria est un programme de recherche scientifique encadré, autorisé par les autorités burkinabè, et centré sur le développement de méthodes innovantes pour lutter contre le paludisme. Il n’a aucun lien avec la vaccination ni avec la transmission de maladies, et ses activités sont menées dans un cadre de transparence et de collaboration avec les communautés locales.

Dans un contexte de propagation rapide de la désinformation, il est essentiel de vérifier ses sources et de s’appuyer sur des informations officielles avant de partager un contenu en ligne.

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