+226 25 36 16 27/ +226 76 52 52 54
burkinablogueurs@gmail.com
Heures d'ouverture : 07h30

Burkina Faso : aucune invasion d’oiseaux granivores dans la vallée du Sourou

Publié le 17/10/2025
Image de l'actualité
Une publication de la Direction provinciale de l’Agriculture, des Ressources animales et halieutiques du Boulkiemdé (DPARAH-Boulkiemdé) a été à l’origine d’une rumeur qui s’est rapidement propagée sur les réseaux sociaux le 30 septembre 2025. Le message, accompagné d’une vidéo, affirmait la présence d’une invasion d’oiseaux granivores dans la vallée du Sourou, dans la commune de Di. La vidéo montre une nuée dense d’oiseaux se déplaçant en masse dans le ciel, donnant l’impression d’une invasion ou d’un essaim. Relayée massivement (538 partages, 22 commentaires et 101 likes), cette publication a suscité inquiétude et commentaires. Quelques heures plus tard, la vidéo initialement jointe a été supprimée et n’a laissé qu’un texte.

ABBCheck a mené des recherches pour vérifier l’authenticité de la vidéo

 Dans ce cadre, notre équipe a effectué une analyse inversée à l’aide de Google Images, afin de retracer l’origine du contenu. Les résultats montrent que la  vidéo a été publiée pour la première fois en janvier 2021 sur la chaîne YouTube Nyasam Ekotoot Eboa Eyoum.
Cette séquence n’a aucun lien avec le Burkina Faso, encore moins avec la vallée du Sourou, contrairement à ce qu’affirmaient les publications virales.

Y a-t-il réellement eu une invasion d’oiseaux au Burkina Faso ?

 La publication initiale mentionnait la DPARAH-Boulkiemdé comme source, ce qui lui conférait une apparence d’authenticité institutionnelle. Bien que la page ne soit pas certifiée, son nom et sa description laissent penser qu’il s’agit d’une page officielle rattachée aux autorités locales, ce qui a renforcé la crédibilité du message auprès du public.

Le texte publié affirmait clairement : « Présence d'oiseaux granivores signalée à nos frontières avec le Mali, côté Di, dans le Sourou. Il est demandé de relayer au maximum l'info dans tous les groupes pour une alerte générale. » Une formulation qui laissait entendre qu’une invasion était déjà en cours.

Contacté par ABBCheck, l’administrateur de la page DPARAH-Boulkiemdé a toutefois précisé que la publication visait uniquement à prévenir les producteurs d’un risque potentiel d’invasion, et non à annoncer un fait déjà observé. Il affirme que la vidéo publiée servait seulement d’illustration pour montrer les dégâts que peuvent causer les oiseaux granivores, tout en reconnaissant que des médias maliens ont depuis démenti l’authenticité de ces images.

Cependant, aucune preuve tangible ni alerte officielle n’a été émise par les autorités compétentes au Burkina Faso à la date de diffusion du message.


De plus, après consultation des plateformes officielles notamment le site du ministère de l’Agriculture et des Ressources animales, aucune publication ni communiqué ne fait état d’une invasion d’oiseaux dans la vallée du Sourou. Les publications récentes concernent plutôt les activités agricoles et la sensibilisation des producteurs, sans mention d’un phénomène d’oiseaux ravageurs. 


Des images détournées pour alimenter une rumeur locale


La vidéo largement partagée ne prouve en rien l’existence d’une invasion actuelle d’oiseaux granivores dans la vallée du Sourou du côté de Di. Il s’agit très probablement d’un clip ancien ou hors contexte, réutilisé pour créer une fausse alerte. Le fait que la page citée (DPARAH-Boulkiemdé) ait ensuite retiré la vidéo de sa publication renforce les doutes sur la fiabilité de celle-ci en tant que preuve. Au regard des éléments disponibles, cette publication peut être classée comme un faux usage d’images réelles, c’est-à-dire la présentation trompeuse d’une vidéo ancienne prétendument liée à un événement récent et local.

Il est vrai que les oiseaux granivores, notamment le quelea à bec rouge, sont régulièrement observés au Sahel et peuvent détruire des récoltes entières. Mais aucune trace d’alerte officielle ou de signalement récent n’a été retrouvée concernant la vallée du Sourou. Habituellement, ce type d’information fait l’objet d’une communication publique du ministère de l’Agriculture, ce qui n’a pas été constaté ici.

Dans l’écosystème numérique actuel, relayer une information sans vérification peut amplifier une fausse alerte et semer la panique. ABBCheck invite les pages institutionnelles, les plateformes digitales et les structures décentralisées à faire preuve de professionnalisme et de rigueur avant toute publication. La lutte contre la désinformation est une responsabilité collective. Vérifier avant de partager, c’est protéger la crédibilité des institutions et la tranquillité du public.


ABBCHECK